﻿l y aura foule pour l'assemblée générale d'havas, jeudi 9 juin à 10 heures. plus de mille personnes sont attendues à la maison de la chimie, à paris. trois petites salles ont même été aménagées pour accueillir les éventuels actionnaires en surnombre. rien de comparable ne s'était produit les années précédentes. Il est vrai que l'enjeu est d'importance. Les actionnaires du groupe français de communication vont devoir arbitrer une confrontation entre Alain de Pouzilhac, PDG de l'entreprise, et Vincent Bolloré, entré au capital en juillet 2004 aujourd'hui de loin le premier actionnaire.

A la veille de ce rendez-vous, les banques d'affaires multiplient les sondages pour connaître les intentions de vote. Tout le monde s'accorde à dire que le jeu risque d'être serré. Chacun compte ses voix. Le management du groupe soumet au vote le renouvellement du mandat de trois administrateurs, dont celui de Jacques Séguéla, patron de la création du groupe. Trois nouveaux membres, considérés comme indépendants, sont également candidats. Parmi eux, Laurence Parisot, présidente de l'Institut français d'opinion publique (IFOP), qui brigue la présidence du Medef. De son côté, M. Bolloré demande, en tant que premier actionnaire avec 20,4 % du capital, à être représenté et propose quatre administrateurs : lui-même ainsi que trois cadres de son entreprise. M. de Pouzilhac, soutenu par son conseil actuel, a décidé de rejeter cette demande.

Sachant donc que, au total, sept nouveaux candidats sont en lice, que le conseil compte aujourd'hui 13 membres, et que le nombre d'administrateurs d'une société est plafonné statutairement à 18, certains postulants seront, de fait, éliminés. Aux actionnaires de faire leur choix, mais surtout à eux de dire si un actionnaire comme M. Bolloré doit être ou non représenté au conseil de Havas. Cette question est au coeur de l'affrontement entre les deux hommes, qui revendiquent chacun le contrôle du groupe. M. Bolloré critique la gestion du groupe et a même évoqué l'éviction de son PDG. De son côté, celui-ci reproche à son actionnaire de ne pas dévoiler ses intentions et le soupçonne de n'avoir qu'une stratégie financière opportuniste.

"Le fait que les actionnaires aient le choix dans la désignation des administrateurs est un cas unique" , souligne Colette Neuville, présidente de l'Adam (Association des actionnaires minoritaires). Elle s'est exprimée contre ce qu'elle qualifie de "prise de contrôle rampante" du groupe Havas par l'homme d'affaires et s'est rangée du côté de M. de Pouzilhac. Chacun des deux protagonistes bénéficie de soutiens exprimés plus ou moins publiquement. L'homme d'affaires contesté Nicolas Miguet n'a pas fait mystère d'une rencontre avec le PDG de Havas, à l'issue de laquelle il se serait engagé à collecter des votes. Puis, deux cabinets de conseil aux investisseurs, l'américain ISS et le français Proxinvest, ont publié leurs recommandations qui allaient dans le sens souhaité par M. de Pouzilhac. Plus récemment, des dirigeants de Havas ont exprimé leur soutien à leur PDG. Parmi eux, les deux coprésidents de la filiale Euro RSCG France, Mercedes Erra et Stéphane Fouks, et bien sûr Jacques Séguéla.